Phèdre, Racine – Analyse de roman

2 février 2019 0 Par Edouard

 
 

INTRODUCTION

 

L’œuvre tragique de Jean Racine : « Phèdre » est parue en bandes dessinées en 2006 et est la dernière pièce de théâtre écrite par Jean Racine en 1671 qui s’appelait d’ailleurs à l’époque « Phèdre et Hippolyte ». Ce n’est qu’en 1687 que la pièce  s’intitulera : « Phèdre » du nom du personnage principal.

Jean Racine est né en 1639 en Picardie dans une famille de la grande bourgeoisie, il a été orphelin très jeune et fut d’abord élevé par ses grands-parents puis par sa tante. Il est considéré comme un des plus grands dramaturges de son temps et ses œuvres ont marqué à jamais l’histoire de la littérature française.

Dans les dernières années de sa vie, Jean Racine se consacra à son travail d’historiographe au service du roi Louis XIV ou bien écrivit des pièces chrétiennes sur commande.

« Phèdre » est l’histoire d’un amour impossible entre une femme et son beau-fils, cette dernière étant condamnée à ne pas révéler ses sentiments incestueux au risque de déclencher une tragédie, elle veut mourir avec son secret. Cette intrigue est assez proche de celle d’une autre œuvre de  Jean Racine : « Andromaque ».

Cette pièce de théâtre : « Phèdre » fait écho à celle de Shakespeare : « Roméo et Juliette » où là aussi il est question d’amours impossibles, deux tragédies où il est fait référence à des croyances.

 
 

OBJET/LIVRE

 

Le fait que l’œuvre de Racine soit adaptée en bandes dessinées a favorisé mon entrée en lecture, cela m’a permis de la lire plus facilement, de mieux comprendre le texte écrit en vieux français et en alexandrins.

La première de couverture, même s’il y a de la couleur et si les dessins sont actuels fait comprendre au futur lecteur qu’il s’agit d’un texte ancien : les personnages portent des tenues d’époque, ils se battent à l’aide d’une épée avec, au centre de l’image, le personnage principal : Phèdre.

 
 

TENSION DRAMATIQUE

 

Le récit est bien construit du point de vue du dévoilement progressif des informations. Nous entrons dès le départ dans le vif du sujet, cela commence in medias res. Nous apprenons que Phèdre a chassé Hippolyte du palais, qu’elle-même est « une femme mourante et qui cherche à mourir », que Thésée est un homme volage, qu’Hippolyte est amoureux d’Aricie mais qu’elle « reste d’un sang fatal conjuré contre la famille du jeune homme »…..

Cependant, j’ai trouvé certains passages de la pièce un peu longs comme par exemple lorsque Phèdre parle de la souffrance que lui occasionne sa passion alors qu’en général, tout au long de la tragédie, les évènements vont bon train : «la Reine s’avance, va, que pour le départ, tout s’arme en diligence».

 
 

LISIBILITÉ/COMPLEXITÉ

 

Dans le récit : « Phèdre », il n’y a pas énormément de personnages et nous nous familiarisons avec eux au fil de la lecture.

  • Phèdre est un personnage mythologique grecque qui a de nobles origines : elle est la « fille de Minos et de Pasiphaé ». Elle est la femme de Thésée et reine d’Athènes, c’est une femme dans la force de l’âge, jalouse, délaissée et trompée ; elle a comme beau-fils : Hippolyte dont elle est amoureuse mais cet amour n’est pas réciproque.
  • Thésée est le roi d’Athènes, mari de Phèdre et père d’Hippolyte. Il accumule les conquêtes aussi bien à la guerre qu’auprès des femmes.
  • Hippolyte est le fils de Thésée. Il est jeune, beau, courageux, excellent chasseur. Il aime Aricie mais ne l’avoue pas à son père de peur de lui déplaire car la princesse Aricie appartient à une famille opposée à la sienne.
  • Oenone est la nourrice de Phèdre et sa confidente. C’est elle qui empêchera Phèdre de se tuer et la poussera à la vengeance vis-à-vis d’Hippolyte. Elle se tuera car rejetée par sa maîtresse.
  • Aricie est une princesse d’Athènes amoureuse d’Hippolyte mais appartenant à une famille opposée à celle d’Hippolyte.
  • Théramène est le confident d’Hippolyte.
  • Ismène est la confidente d’Aricie.

Deux histoires d’amour sont présentes, une réciproque entre Hippolyte et la princesse Aricie et une relation non réciproque, incestueuse et adultère de Phèdre à l’égard de son beau-fils mais toutes deux ont en commun que ce sont des histoires d’amour impossibles.

Quant aux lieux, eux aussi sont peu nombreux ; l’histoire se déroule dans la Grèce antique, à Trézène très exactement dans le palais de Thésée et ceci au temps mythologique. L’unité de lieu est respectée, l’unité de temps également car beaucoup d’évènements vont se dérouler dans un temps restreint (environ une journée) et l’action, quant à elle, est simple et grande : Racine respecte donc bien les règles du théâtre classique.

 
 

RÉALISME ET/OU VRAISEMBLANCE

 

Cette pièce n’est pas le genre de lecture que j’affectionne, cependant, cela m’a plu car même si ce texte a été écrit il y a plus de trois cents

ans, un amour impossible, incestueux peut toujours se produire à l’époque actuelle. Ce récit est donc un mélange entre vraisemblance et également invraisemblance pour ce qui est de l’origine mythologique des personnages principaux comme par exemple Hippolyte qui est le fils de Thésée et d’Antiope, la reine des amazones ou Phèdre qui est la fille de Minos et de Pasiphaé. Ce qui paraît aussi invraisemblable, c’est qu’il se passe autant de choses en si peu de temps.

 
 

GENRE/THÈME

 

La pièce de théâtre de Racine ne me permet pas de comparer avec ma propre expérience, toutefois, le thème de l’amour impossible entre une femme et son beau-fils peut revêtir une certaine forme d’actualité.

Le genre de tragédie classique de cette pièce ne m’attire pas particulièrement préférant, pour ma part, des récits d’aventures, mais je dois reconnaître qu’elle fait réfléchir le lecteur sur la liberté humaine ainsi que sur la puissance des dieux qui sont très fréquemment évoqués tout au long du texte. Le lecteur est tenu en haleine car il n’y pas une minute de répit du début à la fin du texte.

 
 

STYLE

 

Je trouve le récit remarquable du point de vue du niveau de la langue qui est soutenu, tout le texte est écrit en alexandrins avec des rimes à chaque vers.

Il existe une ponctuation, surtout pour ce qui est des points d’interrogation, assez importante. Les personnages s’interrogent sur leur attitude à mener que ce soit Hippolyte « Dois-je épouser ses droits contre un père irrité ? » ou bien Phèdre « Que vais-je lui dire ? Et par où commencer ? »….les points d’exclamation, eux aussi, sont nombreux tout au long du texte ainsi que les interjections « eh bien », « ciel ! », «Ah ! », « Hélas », « Ô ».

Les temps de l’impératif son très usités « fuis », « prends garde », « venge toi »……

Très souvent, les pronoms personnels sont placés devant le verbe, ainsi nous avons « je le veux implorer » ou bien encore « je te venais prier », cela a pour effet d’attirer encore plus l’attention sur le mot concerné.

Bon nombre de mots de l’époque ont un sens différent car le vocabulaire a évolué. Par exemple, nous trouvons le mot « propos » pour discours, « l’objet » pour l’être aimé, « foi » pour fidélité, « poursuivre » au lieu de suivre……

Le champ lexical concernant l’amour dévorant de Phèdre est du registre de la fatalité, pour Phèdre, il n’y a pas d’issue à son destin ; ainsi nous avons : « objet infortuné des vengeances célestes », « ces dieux qui dans mon flanc ont allumé le feu fatal à tout mon sang », «c’est Vénus toute entière à sa proie attachée »…De plus, dans les tragédies les héros issus d’unions entre des dieux et des mortelles portent le poids d’une lourde hérédité. Phèdre se sent impuissante face à ce « fol amour », elle aimerait y échapper mais tout s’acharne contre elle : « tout m’afflige et me nuit et conspire à me nuire ».

 

Tout est exagéré et est à la hauteur des personnages hors du commun : les passions sont extrêmes, la haine démesurée avec des paroles très fortes d’un père pour son fils : « ai-je pu mettre au jour un enfant si coupable ? », « fuis traître ». Phèdre est terriblement torturée par ses sentiments, par ses remords, elle a également peur de la colère et des jugements des dieux. Les références aux dieux sont quasiment omni présentes « vous offensez les dieux auteurs de votre vie », « mon amour pour s’épancher n’a que vous et les dieux », « nous prendrons à témoin le dieu qu’on y vénère ! ». Ce drame de la passion amoureuse apparaît comme une vengeance des dieux.

Des mots tels que : «honneur»,  «vertu», « amour», «haine », «mort» reviennent très fréquemment tout au long de la pièce et témoignent de l’importance de ces thèmes dans les mentalités de l’époque.

 
 

TENSION ÉMOTIONNELLE

 

Le récit de « Phèdre » sous forme de bandes dessinées m’a plu sans pour autant qu’il me permette de m’identifier. Je n’ai pu cependant rester indifférent à ces personnages qui vivent de fortes passions, j’étais ému par les choix difficiles que les héros avaient à faire et dont l’enjeu était la vie ou la mort. J’ai éprouvé également une certaine pitié pour ces personnages.

 
 

CARACTÈRE MORAL

 

Le récit présente des valeurs auxquelles j’adhère comme l’amour, l’honneur, le respect, la fidélité.

Pour ce qui est de l’amour, ce thème prédomine sur l’ensemble de la pièce et cet amour prend même la forme de passion pour Phèdre à l’égard de son beau-fils, elle dit : «Je le vis, je rougis, je palis à sa vue », « je sentis tout mon corps et transi et brûler ». Il existe une certaine démesure quant à la tournure des sentiments de Phèdre.

L’honneur ou plutôt le sens de l’honneur est lui aussi très présent dans cette œuvre et, en ce qui concerne Phèdre, cet honneur la mènera au déshonneur lors du retour de son mari Thésée et la seule issue, pour elle, sera la mort.

« Phèdre » de Racine interpelle le lecteur sur la notion de liberté. Cette tragédie classique présente des personnages puissants mais qui, en fait, ne sont pas libres de leurs agissements, même la passion est voulue par le destin.

 

En ce qui concerne la fidélité, celle-ci est très présente entre le ou la maître(sse) et leur servant(e). Ainsi par exemple : Oenone, nourrice de Phèdre dit que « pour servir j’ai tout fait, tout quitté » et préfèrera se donner la mort lorsque Phèdre la chassera.

 
 

ORIGINALITÉ

 

Je n’ai pas trouvé le récit très original, les rapports entre les personnages sont compliqués, complexes, la situation dans laquelle ils se trouvent est inextricable et l’on s’attendait donc à une fin tragique. D’ailleurs, dans une tragédie, il y a toujours un effondrement total, les personnages vivent da        ns un monde cruel et les héros meurent toujours à la fin de la pièce. Par exemple, dans le cas de Phèdre, il n’y avait pas d’issue à cet amour non réciproque, incestueux et adultère excepté la mort.

 
 

COMPARAISON AVEC LES AUTRES ŒUVRES DE LA SÉQUENCE

 

Je peux faire le rapprochement avec le livre «Roméo et Juliette» de Shakespeare ainsi qu’avec le film du même nom de B. Luhrman datant de 1996. Tous deux sont des tragédies traitant de l’amour interdit, ils font référence à la religion et un des héros meurt en absorbant du poison.

L’éclairage que cela nous donne sur la séquence est que nous avons une autre approche de la problématique sur l’amour plus fort que la mort.

 
 

CONCLUSION

 

Le chef d’œuvre « Phèdre » de Racine m’a amené à réfléchir sur la liberté humaine et sur les forces divines à l’époque et également sur le  fait qu’un amour incestueux entre une femme et son beau-fils pouvait se reproduire encore de nos jours. Jean Racine, malgré une enfance assez triste, avait un génie d’écriture qui a réussi à traverser les époques.